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Domenica

Laissez venir à moi... suite 1

25 Février 2015 , Rédigé par Maria Cesare

Journal  DomenicoJournal  Domenico

Journal Domenico

Cela s’est passé début février 1952 ! Un drame épouvantable s’est alors déroulé sous mes yeux, je me trouvais assise dans ma chaise haute, et un de mes frères, de deux ans mon aîné, s'amusait à courir autour de la table car il était aux environs de treize heures.

On frappe à la porte et mon père allant ouvrir, deux hommes(un en tenue de gendarme et l'autre devait être le Maire) entrent, et leur parle deux minutes...Notre mère, voyant l'air grave de son mari, a tout suite compris et s’est effondrée comme prise de panique, elle s'est soudain déchaînée en essayant de s'arracher les cheveux comme dans une crise de démence.

Donnant congé de suite aux visiteurs, je vois notre père ainsi que mes deux grands frères! (je suis l’avant dernière de ses neuf enfants) courir vers elle en essayant de la maintenir fermement pour ne pas qu’elle fasse une bêtise.

Voilà ! On venait de nous apprendre la disparition de mon frère aîné Domenico, en pleine guerre d'Indochine, au cours d'un combat, dans la nuit du 7 au 8 janvier 1952, au Tonkin, à Xom Pheo, sur les bords de la rivière noire.

Cet épisode fut si douloureux et si marqué dans mon esprit que, jusqu'à aujourd'hui, il m’en est resté une trace indélébile au plus profond de mon cœur; le sceau du temps qui ne s’efface jamais tout à fait.

Voilà ce que j’ai vécu par « intérim », si j’ose m’exprimer ainsi car celle qui fut la plus touchée, fut évidemment notre mère, je ne veux pas du tout dire que notre père fut insensible, loin de moi cette pensée mais il garda son chagrin pour lui et n’en laissa rien paraître.

Quant à mes frères et sœurs plus âgés, je ne sais pas ce qu'ils ont pu ressentir, je ne puis donc pas parler pour eux, car nous n'en n'avons jamais parlé ensemble (trop d'années d'écart) et depuis, en plus de mes parents, j'ai perdu deux autres frères….

Mais après un tel coup du sort, et si on a la chance de s’en sortir « indemne », on ne voit plus les choses de la même façon et, ce que j’appellerai à présent : « les prémices de la folie » « Elle » les a ressentis car depuis ce jour, ses yeux reflétaient tout le chagrin du monde...Et seulement après de tels événements, on comprend au sens fort du mot, ce qu’est véritablement la vie !

Tout simplement : ON « SAIT ! »

. Ce fut alors la raison de cette métamorphose qui vit MA MÈRE, MA TENDRE MÈRE, ce jour-là, (après avoir enduré deux décès d'enfants en bas âge, comme je vous le disais précédemment), sa vie basculer aux portes d'un désespoir sans nom, par la disparition de mon frère aîné qu'elle chérissait tant et dont elle a espéré ardemment le retour...... toute sa vie durant.

Là-bas ! Quelque part, en Indochine, dans un endroit trop loin et inconnu d'elle, se trouvait, peut-être, à tout jamais, SON FILS !

Une fois de plus, le monde s'écroulait autour d'elle sans qu'elle puisse faire quoi que ce soit, pour changer le cours des choses. Alors ! Dans un accès de colère, elle a HURLE ! Le mot n'est même pas assez fort pour décrire cet instant !

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Jerry OX 10/04/2015 15:02

Ce que tu nous nous livres là, Maria, est un grand choc émotionnel de ton enfance. Un événement suffisamment profond pour qu'il fasse continuellement parti de ta vie . Apprendre si jeune ,la disparition de ton frère aîné alors en pleine guerre d'Indochine, c'est déstabilisant . je comprends à présent encore un peu mieux tes mots et tes textes que je trouve encore plus attachants et plein de bonté et de beauté.

Carmen Atonati 25/03/2015 23:46

Certaines douleurs ne devraient jamais atteindre les mères. La folie même est en-dessous de cette douleur. L'amour pour l'enfant porté, élevé, est si grand que lorsque le malheur arrive le coeur ne peut pas l'accepter et laisser la raison s'égarer permet peut-être de moins souffrir, même si la personne se met en marge de la vie, et si de cette façon elle se coupe de toute possibilité de voir son émotion évoluer. J'espère que toi et tes frères et soeurs êtes parvenus à trouver l'amour et le soutien chez d'autres personnes.

gael L 28/02/2015 23:47

Oui une suite des plus bouleversante d'un épisode noir de ta vie, de votre vie de famille
merci de partager avec nous tes mots Maria
bisous ma chère amie

Satine 27/02/2015 17:13

Ah oui quand même ! Quelle triste histoire. Ca doit être si horrible de perdre un enfant, je n'ose imaginer cette douleur qui se ravive à chaque souvenir passé avec lui. C'est indélébile forcément...

pygrre35 27/02/2015 15:29

l'amour d'une mère Ö calvaire d'une attente d'un fils merci Maria